Si dans les années 70, les gangs - sans le sou - s'affrontaient à coup d'exercices de freestyle vocal dans les ghettos à l'est et à l'ouest des Etats-Unis sous l'oeil protecteur des pionniers tels Run DMC ou Sugarhill Gang, les années 90 allaient amorcer un autre genre de « rencontres ». Finies les improvisations sonores à la manière des toasters jamaïcains, avec deux samples et un micro, l'ère du gangsta rap a sonné et draine dans son sillon une violence qui s'affichera, non plus seulement par le biais de paroles de chansons, mais aussi dans la rue, au vu de tousOutre les rixes dans les quartiers sensibles, la mode devient le « drive-by-shooting », à savoir l'assassinat des membres des bandes rivales à l'aide d'un flingue et d'une grosse caisse - une thématique que reprend ce 187 Ride or Die. Bienvenue dans l'univers des rodéos modernes intra-urbains où les bolides rutilants font office de macabre destrier.
Mon papa à moi est un gangster…
Les guerres fratricides dans les rues de Los Angeles ont laissé pour empreinte neuf balles dans le corps de Dupree, le leader de votre posse et maître incontesté du quartier des « blacks ». Cet impardonnable affront marque un tournant dans la vie de Buck, un jeune membre de gang qui a grandi sous la protection de Dupree. Une courte visite au sein du quartier général du survivant suffira à placer l’ambiance générale du titre : entre petites pépées bien roulées aux guns dépassant des porte-jaretelles, chaînes en or et cigare cubain, votre boss vous investit d’une mission particulière entre deux ronds de fumée. Pas de « bullet in the head » placée entre les deux yeux de Cortez – l’auteur de cette déclaration de guerre et chef des « latinos » - mais des courses sur quatre roues avec le bitume qui surchauffe et les balles qui explosent les tympans. Seules les séquences cinématiques engendreront un soupçon de révélations quant aux protagonistes au sein d’un scénario terriblement embryonnaire et simplement catalyseur du « drive and shoot » qui s’avère être le principe même de ce titre. Comme dans un clip de G-Funk, ici on mise sur la flambe avec des filles maquillées à outrance et aux poitrines débordantes qui prennent le rôle de gardes du corps, des voitures de luxe et des vêtements de grande marque. On débarque en limousine à vitres teintées pour se rendre dans les clubs privés, entre deux escorts qui agrémentent le paysage du « paraître ». Entre conflits intrinsèques et réputation à asseoir, il y a pourtant souvent maldonne et à vouloir gravir trop vite les échelons au sein de ces gangs aux codes bien établis, on devient parfois l’objet de la chasse. En attendant, l’asphalte devient le lieu de toutes les rencontres – garçons et filles s’y mêlant comme sur les drive in des années 60. Les moteurs vrombissent parmi les concurrents qui ne devront observer qu’une seule règle : finir premier. Le seul moyen pour débloquer un nouveau parcours étant d’achever le précédent en prenant la première place, tous les coups sont autorisés. On tire sans vergogne sur les autres compétiteurs ou sur les bidons d’essence qui sillonnent les trottoirs pour envoyer les adversaires dans le décor – sans omettre la possibilité de leur rentrer dedans pour les dévier de leur trajectoire.
Laisse moi zoom zoom zang dans ta Benz, Benz, Benz…
Au final, 37 courses pour vous tailler une réputation de « road killa’ » - chaque quartier à explorer comprenant des courses classiques, des rencontres en arènes, des séquences dans des parkings et des sous-quêtes de type protection d’un convoi. Le genre n’altère toutefois guère le principe, à savoir remporter la course, en mentionnant tout de même que le fait de finir dernier lors d’un tour vous élimine d’office. Dans ce but, vous pouvez opter pour une conduite irréprochable afin de dépasser tout le monde, pour des séances de tir intensives en vue d’éliminer tout compétiteur avant l’arrivée ou combiner les deux. Le système de conduite demeurant sommaire (ne vous attendez pas à des courses réalistes comme dans un Project Gotham Racing, ni à des options de tuning), la prise en main s’acquiert en quelques minutes avec la gâchette droite pour accélérer, la gâchette gauche pour freiner et les boutons B et X pour shooter en avant et en arrière en fonction de la position de l’ennemi. Techniquement, c’est accessible à tout public malgré une légère gêne au début quand à l’utilisation des boutons susmentionnés – le bouton A étant plus facile à activer. Cela demeure néanmoins une considération relative à chaque joueur, d’autant plus que la maniabilité des bolides s’additionne à une fluidité surprenante : aucun ralentissement n’est à noter ni dans le traitement des images, ni en termes de conduite pure. Les sensations d’accélération, de freinage et de dérapage sont parfaitement perfectibles et octroient d’ailleurs des mouvements très stylés sur la route en alternant zig zag, tirs et dérapages contrôlés. Il en résulte une impression très agréable de glissement durant les courses ou, du moins, si vous savez éviter les nombreux obstacles qui vous font face. Dans cette optique, les circuits vont s’agrémenter – au fur et à mesure – d’ingrédients susceptibles de vous ralentir, on compte parmi eux des caisses sur le bord de la route et qui volent au moindre choc altérant ainsi votre visibilité, des camions qui déboulent à un croisement, des voitures de civils, les flics qui patrouillent et vous prennent en chasse dans certains niveaux, de l’essence au sol qui a pris feu ou encore le fameux poteau électrique qu’on avait pas calculé ! En cas de rencontre non fortuite avec tout objet gênant, les chocs se traduisent sous forme de vrille, d’écart, voire d’arrêt total avec votre véhicule. Les dommages physiques et les erreurs de conduite sont donc visibles et auront des répercussions sur votre cheminement. Une fois les obstacles multipliés - l’action se situant dans un Los Angeles « habité » et donc agrémenté d’un flot de circulation normal – certains parcours s’avèreront casse tête et nécessiteront de véritablement slalomer sur l’asphalte.
Oh cousine, tu roules ou je t’explose !
Chaque titre remporté dans le mode Histoire face aux sbires de Cortez débloquera de nouvelles voitures (une trentaine) et des personnages inédits que vous pourrez exploiter à nouveau lors du mode Rapide (choix de la course et du tireur). En vue de pimenter l’atmosphère générale, chaque parcours se trouve jalonné d’icônes représentant des bonus en santé, vitesse ou munitions dont vous pouvez être à court. Dans le même esprit, vous pouvez ramasser des flingues – allant du pistolet automatique au lance-roquettes (14 en tout) – en route. La vitesse se concrétise à l’écran par une jauge de boost qui se remplit soit en roulant sur une icône, soit en multipliant les dérapages puisqu’ils génèrent des points de style. Les variations de score permettent d’obtenir des récompenses, ici baptisées « balle de bronze » (déverrouillage du niveau suivant), « balle d’argent » (activation d’une arme spéciale, vie x 2 et barre de boost complète) et « balle en or » (munitions x 2, vie x 2 et boost x 2) et qui sont effectives au commencement d’une nouvelle course. A préciser toutefois que les adversaires jouissent des mêmes bonus que vous et bénéficient donc d’un traitement équitable – lequel s’avère parfois énervant lorsque les boosts ne sont pas utilisés au bon moment et qu’un véhicule vous talonne toujours après une pointe de vitesse. En conséquence, l’IA des autres concurrents tient la route (pardonnez ce jeu de mots facile) car ils n’hésiteront pas à récupérer un bonus de santé si leur bolide est sérieusement endommagé, à décharger toutes leurs armes sur vous ou à vous envoyer visiter de plus près les décors. Le temps de jeu variera incontestablement suivant votre potentiel, du coup la fourchette s’étalera de 8 à 15 heures de jeu si vous pilotez comme vous parlez le Tamoul. As du volant avec le diamant sur la dent ou cauchemar vivant pour les assurances auto, vous pourrez vous éclater malgré tout sur les différentes possibilités en multijoueurs. A commencer par le mode coopératif à deux en écran partagé (un conducteur et un tireur) qui propose de se faire la main dans les options « Ultime Défi », « Course poursuite » ou « Champ de mines », mais le titre supporte également le multi-consoles (jusqu’à quatre Xbox) – certes, ce n’est pas évident à mettre en place mais nous tenions à le préciser. Enfin, la compatibilité Xbox Live dont le mode Optimatch permettra de choisir sa course en fonction de certains critères. D’un point de vue technique, le résultat est davantage à la hauteur que ce que nous escomptions : les graphismes, déjà plaisants, sont optimisés par des séquences cinématiques très « gangsta movies » tout à fait dans le ton, les courses sont fluides et permettent quelques exercices de style, les dialogues ne sont pas sans rappeler des films comme New Jack City avec un vocabulaire, des expressions et une gestuelle tout à fait crédibles - la bande son étant en anglais mais sous-titrée en français (ce qui dans le cas présent s’avère un choix judicieux tant les « voix » des personnages sont immersives).